Jean-Marc Burgaud

Jean-Marc Burgaud

 

Bien connu des amateurs du Beaujolais qu'il reçoit toujours merveilleusement, Jean-Marc Burgaud fait partie des quelques vignerons incontournables et reconnus par leurs pairs. Toujours à la recherche de plus de précision, ses Côte du Py, déclinés sous différentes cuvées, sont des références sérieuses de ce grand terroir. Ils ne doivent pas occulter les autres vins du domaine qui prennent naissance non loin de là et apportent du plaisir bien plus tôt.

 

  • Son domaine :

Jean-Marc Burgaud crée son domaine en 1989 mais c'est véritablement en 1992, date de reprise des vignes du Py précédemment exploitées par son beau-père, que le domaine prend véritablement son essor.

Avec 19 ha exploités dont 4,8 ha sur la partie la plus qualitative de la Côte du Py (« malheureusement » en métayage, ce qui divise par 2 la production...), ce grand domaine est resté familial, il est exploité par Jean-Marc, sa femme et 2 employés.

Seule 1 petite partie est en propriété (en bas de la Côte du Py autour de sa maison, sur Grands Cras et en Beaujolais-Villages), le reste est en fermage (Côte du Py et un tout petit peu de Grands Cras) ou en métayage (8 ha sur Côte du Py et Grands Cras).

Jean-Marc dispose de plusieurs bâtiments de vinification, sur la côte du Py et au château de Thulon, lui permettant de vinifier à son aise. Il élève ses cuvées en fûts sous sa maison au pied de la côte du Py, où il reçoit également les visiteurs. Là en revanche, il manque un peu de place pour stocker le dernier millésime en bouteilles, d'où un projet d'agrandissement à venir lui permettant de gagner en confort et en souplesse pour les dates de mise et la commercialisation.

 

 
Côte de Py et Domaine Burgaud (2)

Le domaine Jean-Marc Burgaud au pied du Py

 

  • Ses terroirs :

A tout seigneur, tout honneur : La Côte du Py !

Jean-Marc y exploite différentes parcelles dont une partie en pied de coteau à Javernières près de Villié-Morgon, 1,5 ha à mi-hauteur en bordure du hameau de Morgon, et surtout 4,8 ha de vignes sur le haut de la côte (plateau) tout autour de la croix de la Veuve Sauzet, avec une exposition majoritairement Sud/Sud-Est.

Tout le plateau fait des vins assez similaires, plutôt structurés, avec des nuances selon l'âge des vignes. La parcelle de la Croix fait des vins plus concentrés qui entrent dans la cuvée James. Jean-Marc explique que c'est en raison des porte-greffes (Teleki Kober 5bb, assez rares dans le Beaujolais) qui sont différents des autres vignes (3309 C) et favorisent davantage le millerandage (petits raisins).

La plupart des vignes ont été plantées entre 1954 et 1974 (elles ont donc entre 40 et 60 ans). La plus récente a été plantée par Jean-Marc en 1992 et c'est celle qui a le plus de manquants dus à l'esca (les nouveaux bois seraient plus sensibles selon lui).

 

 
Manquants dus à l'esca (parcelle plantée en 1992)

La croix de la Veuve Sauzet et la parcelle plantée en 1992 avec beaucoup de manquants

 

Le sol est quasi-inexistant sur le plateau, la roche-mère dégradée (une diorite métamorphisée comparable à celle de la côte de Brouilly) n'étant recouverte que par quelques cm de sables et de cailloux bleus en surface. C'est donc un terroir pauvre où la vigne souffre et ne donne jamais de grosses quantités de raisin.

 

 
La roche du Py

Le sol rocailleux du plateau du Py

 

En bas de la côte, le terroir est plus argileux, ce qui est cohérent d'une certaine façon. Les vins produits ne sont pas eux plus riches pour autant, ce qui est moins logique, mais développent au contraire une plus grande finesse et de l'élégance que l'on retrouvera à son paroxysme sur la cuvée Javernières issue de ce seul climat (isolée depuis 2007). La parcelle de Jean-Marc fait 0,5 ha ; elle a été plantée en 1967 et est cultivée depuis quelques années sans désherbant.

Le domaine exploite aussi depuis 2006 le climat Grands Cras sur une surface de 4 ha. Sur des sols plus argileux avec un taux de calcite important, et des vignes d'âge variable (30 ares ont 12 ans, 1 ha sont de très vieilles vignes, le reste a environ 25 ans), le climat produit des vins ronds et structurés, pouvant être austères dans leur jeunesse. Du fait de la proportion argileuse importante, c'est un climat plus difficile à travailler, il est notamment impossible d'y passer en tracteur quand c'est humide, donc en 2013 il a fallu traiter à la pompe à dos les 4 ha !

Le Morgon Les Charmes prend naissance sur le climat éponyme au Nord-Ouest de l'appellation. C'est un plateau tardif et froid (altitude 350 m) et produit peu Les sols sont minces, sur le granite, ils donnent des vins plus... charmeurs et prêts plus tôt. Les vignes (sur porte-greffe Riparia) dépassent les 80 ans et produisent peu (environ 40 hl/ha).

A Régnié, on retrouve également un terroir typique de la région, granitique en sous-sol et sableux en surface. Les sols sont très légers et filtrants, donnant des vins eux aussi légers. Les vignes ont entre 40 et 50 ans.

Jean-Marc Burgaud produit également un Beaujolais-Villages près du château de Thulon, à Lantignié, très proche de l'appellation Régnié. Les vignes y sont également âgées (entre 50 et 60 ans). Les vins sont dans le même style que le Régnié.

 

  • Sa conduite des vignes :

La conduite des vignes est raisonnée. Les sols du haut de la côte du Py étant très rocheux, l'herbe ne pousse quasiment pas, il n'est donc pas rare que Jean-Marc ne traite pas une seule fois dans l'année. Il effectue un griffage quand c'est nécessaire, mais ça secoue !

Là où c'est moins facile, il peut lui arriver de faire un traitement défoliant si c'est nécessaire.

Jean-Marc n'est pas un partisan du travail du sol en profondeur, il estime que la vigne en souffre trop.

Par ailleurs, ses pratiques culturales sont basées sur le bon sens et privilégient la qualité du raisin à la quantité. La plupart des sols sont pauvres et les vignes très sensibles au millerandage, ce qui donne de toute façon des rendements faibles à moyens naturellement (40 à 45 hl/ha). Il ne fait jamais tomber de raisins.

 

 
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Le millerand est très courant sur le haut du Py

 

Certaines parcelles sont traitées de manière particulière. Par exemple, dans la parcelle dénommée La Pente, au sud de la côte du Py, les rameaux sont attachés avec du rotin. C'est la seule parcelle où il le fait car c'est toujours plus sain, et comme elle est au sud, cela fait un peu plus d'ombre aux raisins, ce qui évite les brûlures. Il coupe le lien un peu avant les vendanges pour aérer et éviter le développement de la pourriture.

 

 
La pente (exposée au sud)

La Pente, face au Mont Brouilly

 

  • Son travail en cave :

Jean-Marc Burgaud réalise des vinifications semi-carboniques en vendange entière (cuves béton). Il n'utilise pas de levures exogènes et effectue un remontage par jour. Les macérations ont une durée variable selon les cuvées et les millésimes, d'un minimum de 6 jours pour le Beaujolais-Villages, jusqu'à un maximum de 15 jours pour les Côte du Py.

Lors du décuvage, vin de goutte et vin de presse sont assemblés. Mis à part les cuvées parcellaires, les élevages se font en cuve jusqu'en Avril/Mai (un peu plus pour le Côte du Py classique).

Jean-Marc sulfite très peu avec environ 1 g de sulfites par hl pour tous les vins (0,5 après malo et ajustement à la mise). Le dégazage est réalisé à l'azote juste avant la mise, ce qui peut expliquer qu'ils se goûtent parfois mal dans les 2/3 mois qui suivent. Il effectue une filtration à 2 microns sur toutes les cuvées mises en bouteille avant l'été pour leur apporter une brillance et une netteté de la robe. Les cuvées élevées en fûts s'éclaircissent toutes seules, il n'y a donc pas de filtration.

Les cuvées James, Javernières et Réserve sont élevées en fûts. Jean-Marc a fait de très nombreux essais de fournisseur, de taille (barrique classique, fûts de 350 l, demi-muids), sur des bois récents et/ou neufs. Dernièrement, Javernières 2013 et James 2013 ont été élevés dans des fûts de 350 l (3 vins) + quelques fûts.

La cuvée Réserve est « la cuvée qui sert à bien travailler », dans le sens où il y reverse les lots qu'il ne juge pas tout à fait au niveau pour entrer dans les 2 grandes cuvées.

 

  • Ses vins :

La gamme de vins est particulièrement cohérente et progressive avec des vins légers (Beaujolais-Villages et Régnié), des vins de moyenne garde fruités avec assez de profondeur (Morgon Grands Cras et Morgon Les Charmes), et des Côte du Py sérieux et puissants. Javernières, plus délicat et élégant, ne possède pas beaucoup moins de fond que les vins de côte mais il est souvent plus facile d'accès. James est un vin puissant et structuré qui ne devrait pas être ouvert avant 5 ans dans les petites années et 10 dans les grandes.

A noter également que Jean-Marc produit désormais une cuvée très confidentielle de Beaujolais-Villages blanc. Il a en effet arraché une vigne centenaire qui ne donnait plus rien et planté 0,5 ha en chardonnay sur un terroir argileux (il ne voulait pas spécialement faire de blancs mais le terroir s'y prêtait). Cette parcelle craignant les excès d'eau, les 2 premiers millésimes ont donné peu de vins (30 hl/ha en 2012 et 24 hl/ha en 2013). Il a alors drainé l'eau pour éviter les apports en haut de la parcelle et il constate une belle amélioration en 2014.

Ce blanc est vinifié 100% en cuve et mis en bouteille fin Février (pas de malo). Il y a environ 1300 bouteilles à partager...

 

  • Le Millésime 2012 :

C'est un millésime difficile (pas de grêle, petite sortie de raisin, pression de mildiou). Il y avait donc peu de jus (30% de volume en moins) et les vins se sont présentés verts et durs au départ. Après les avoir gardé en masse un peu plus longtemps qu'à l'accoutumée, la verdeur et la dureté sont parties et le résultat est satisfaisant compte-tenu des difficultés rencontrées. Les vins ont un profil aromatique particulier, assez comparable à 2004 ou 2008, sur le noyau de cerise et le kirch, ils seront prêts plus tôt, on appréciera les grandes cuvées dans les 5/6 ans qui viennent, bien qu'elles tiendront au-delà comme toujours sur le grand terroir de la côte du Py.

 

  • Le Millésime 2013 :

C'est aussi une année compliquée à la vigne. Après un débourrement tardif et un printemps pourri, la pression sanitaire est restée forte avec un été assez ensoleillé mais pluvieux qui permit tout de même au raisin de mûrir convenablement. La pluie tombée avant et pendant les vendanges (du 26 septembre au 11 Octobre, les vendanges les plus longues et les plus tardives connus par Jean-Marc) a un peu baissé la qualité des raisins.

Avec des rendements de 45 hl/ha environ, c'est un millésime classique de moyenne concentration. Les vins sont sérieux, on appréciera les premières cuvées tout de suite et les Côte du Py s'apprécieront entre 6 et 10 ans, plus pour les patients.

 

Dossier réalisé à partir des 3 visites au domaine effectuées les 25 Janvier, 16 Juin (prises de vues dans les vignes) et 3 Septembre 2014.