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Le Mont Brouilly (Château Thivin au premier plan)

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Vignes de Juliénas en été

Domaine Vincent Delaporte

C'est Matthieu Delaporte, le petit-fils de Vincent, qui dirige désormais l'exploitation familiale. Il s'est installé le 01/08/2010 à seulement 22 ans, sous la bienveillance de son père Jean-Yves qui reste toujours à ses côtés. Il apporte aujourd'hui au domaine une vision nouvelle de la viticulture, notamment par sa sensibilité écologique et le développement d'un travail parcellaire.

 

  • Le domaine :

Si Vincent Delaporte faisait déjà de très bons vins, le travail - sérieux - se faisait avec les techniques et les moyens en vogue depuis les années 80/90, avec en particulier un usage important de produits phytosanitaires. Son ouverture d'esprit et son intelligence lui permettent aujourd'hui de laisser une totale liberté à son fils qui s'écarte des schémas de cette période et conduit désormais les vignes en agriculture raisonnée (et plus...).

Basé à Chavignol, le domaine exploite environ 35 ha aujourd'hui, dont la plus grosse partie sur ce village, avec également une grande parcelle de 12 ha sur des argiles à silex et quelques vignes éparpillées sur le reste de l'appellation (dont 1 ha sur Paradis).

 

 
Le village de Chavignol (vue de la côte des Monts Damnés)

Chavignol vue de la côte des Monts Damnés (nombreuses parcelles du domaine derrière le village)

 

Avec plus de 30 parcelles dispersées sur les plus beaux terroirs de Chavignol (en particulier Monts damnés, Cul de Beaujeu et La Côte), il dispose d'une qualité et d'une richesse de terroirs permettant de produire de grandes cuvées parcellaires et des assemblages complets et harmonieux.

Alors que Vincent Delaporte n'isolait en blanc comme en rouge qu'une seule cuvée sur Silex auparavant (Cuvée Maxime), Matthieu développe aujourd'hui d'autres cuvées parcellaires plus petites telles que Monts Damnés en blanc (premier millésime 2013) et Cul de Beaujeu en rouge (le seul existant, premier millésime 2012). Et il n'est pas dit que cela s'arrête là.

Le domaine, qui est très coté à l'étranger (Angleterre, Etats-Unis, Japon), manque de visibilité et de reconnaissance en France, du moins auprès de la presse spécialisée, car les particuliers connaissent bien cette adresse qui leur réserve plus de 25% de la production (soit 50 000 bouteilles) et les reçoit tous les jours de l'année.

Le travail qui est réalisé aujourd'hui devrait conduire à moyen terme ce beau domaine de sa position d'outsider actuelle à celle de référence de l'appellation. En tout cas, tous les ingrédients sont là.

 

  • Les terroirs :

Ils sont pluriels de par la situation des vignes que l'on retrouve sur tous les types de sol de l'appellation et aussi par leur taille et leur nombre qui contribuent à ajouter de la complexité dans les assemblages.

Commençons par les vignes de Chavignol :

  • Il y a d'abord cette parcelle emblématique de sauvignon située sur le lieu-dit cadastré... Chavignol ! La seule vigne qui permettrait de revendiquer le nom du hameau éponyme sur l'étiquette. Si vous allez là-bas, faites un tour à pied jusqu'à cette vigne située à 100m au sud de la rue principale ; vous verrez ainsi comment les vignes du domaine sont travaillées.
  • Plusieurs parcelles de sauvignon (dont certaines ont été reprises récemment à son cousin) sont situées sur la célèbre côte des Monts Damnés ; ce sont de petites surfaces réparties aux 4 coins du lieu-dit, dont une magnifique parcelle en plein coteau qui jouxte à la fois les vignes de Dagueneau et surplombe le Clos de la Néore... Une parcelle sur le haut du coteau vient d'être restructurée avec 50% de jeunes greffes, une autre de jeunes vignes et 2 petites parcelles de vieilles vignes de 40 ans viennent compléter ce beau patrimoine végétal sur ce coteau abrupt de terres blanches exposées plein sud.
  • Il y a ensuite cette fabuleuse parcelle de pinot noir sur le dessus du Cul de Beaujeu, la seule en rouge sur le lieu-dit ; sur un sol plus ferrugineux qu'en contrebas, le pinot noir y donne un vin d'une finesse exceptionnelle, de la dentelle avec des notes de griotte qui ne sont pas sans rappeler une noble origine de Côte de Nuits. Avec seulement 1 ha de jeunes vignes et un rendement limité, la production sur 2012 et 2013 n'est que 1500 bouteilles. Si on ajoute que cette endroit offre également un panorama exceptionnel sur le sancerrois et qu'elle est chargée d'histoire pour la famille Delaporte (une croix marque l'endroit où un aïeul fût foudroyé en 1955), on comprendra tout l'intérêt et l'attention qu'elle peut susciter de la part de Matthieu qui a aménagé une cabane pour y passer de bons moments. 35 ares supplémentaires devraient être plantés en pinot noir dans les prochaines années.
  • Vient dans le prolongement La Côte avec de vieilles vignes de sauvignon parfaitement situées mais difficiles à travailler compte-tenu de la pente. Matthieu a bien en tête de sortir un jour une cuvée parcellaire ici, comme le font déjà Gérard Boulay et François Cotat avec leurs vignes mitoyennes.
  • Sans rentrer davantage dans le détail parcellaire complexe, on peut toutefois ajouter un bon nombre de vignes sur d'autres lieux-dits qualitatifs de Chavignol telles que Les Vallées (1 ha au pied de la côte des Monts Damnés), ou encore Les Longues fins où il fit récemment des essais de semis d'herbes diverses dans les vignes pour améliorer la vie du sol.

 

Tout-à-fait au Nord de l'appellation, le domaine possède 12 ha de vieilles vignes d'un seul tenant au lieu-dit Chailloux du Moulin Grangier, ce qui est assez exceptionnel car ce type de sol est très minoritaire sur l'appellation. Sur ce coteau exposé plein sud à la pente douce et régulière sont exploités 10 ha de sauvignon (composant la cuvée Maxime) et 2 ha de pinot noir (allant dans le rouge classique du domaine). Cette grande parcelle avait été acquise par son grand-père dans les années 70.

 

 
Coteau silex 3

Les Chailloux du Moulin Grangier (La Fontaine Audon au second plan)

 

Les vins qui y sont produits sont vinifiés séparément depuis longtemps, le terroir d'argiles à silex y produisant des vins très typés. La photo ci-dessous montre de beaux silex de cette parcelle :

 

 
Silex 3

Argiles à silex (chailloux)

 

La cuvée Maxime en rouge est produite à partir d'autres vignes sur argiles à silex mais sur un autre lieu-dit, Les Chailloux, devant les caves de la Mignonne. Alors qu'on se situe à l'Ouest de la faille de Sancerre, ces 2 ha sont pourtant sur silex à la croisée des 2 failles secondaires. Il y a des argiles à silex sur le dessus et du calcaire en-dessous.

 

 
Maxime rouge (La Mignonne)

Les Chailloux (cuvée Maxime rouge) devant les caves de la Mignonne

 

De vieilles vignes, des rendements très maîtrisés, un enherbement naturel maintenu toute l'année, la promesse d'une belle cuvée Maxime rouge !

Les autres parcelles les plus intéressantes du domaine se trouvent sur :

  • Paradis : 1 ha de caillotes sur ce lieu-dit bien connu. Une parcelle appréciée par Mathieu, la première qu'il ait travaillée sans désherbant.
  • Les Garennes : sur des griottes, le domaine y possède plusieurs parcelles, 1 ha de sauvignon en production, 1 ha qui vient d'être replanté en sauvignon ainsi que de vieilles vignes de pinot noir (photo ci-dessous). Ce sont des terres faciles à travailler qui sont cultivées comme un jardin.

 

 
Vieux pinots sur griottes 2

Vieux pinots sur les griottes des Garennes (très beau terroir à vin rouge)

 

  • Le travail à la vigne :

Sans jeter l'opprobre, Mathieu est bien conscient que les pratiques non respectueuses des sols qui firent pendant 30 à 40 ans le bonheur de tous (et qui perdurent encore, même chez certaines références) ont à la longue appauvri et tassé les sols. Il a bien fallu 3 à 4 ans pour que la faune et la flore reviennent dans les vignes, ce qui est le cas aujourd'hui.

Conscient qu'il est plus cohérent de parler de vins de terroir quand on respecte les sols, les vignes sont désormais cultivées avec le moins d'intrants possible.

 

 
Mathieu suit le travail de très près

Matthieu Delaporte suit de très près le travail à la vigne

 

La taille, à laquelle Matthieu attache énormément d'importance, est particulièrement soignée. Il a par exemple décidé d'appliquer la taille Guyot Poussard sur sa vigne de Pinot Noir du Cul de Beaujeu de façon à assurer un meilleur équilibre et une plus grande longévité aux ceps.

L'apport d'engrais organique est limité, juste un peu de fumier en complément des sarments de taille qui sont broyés et « restitués » à la vigne.

Les sols sont travaillés de la manière la plus précise possible ; buttage, débuttage, binages permettent de maintenir les sols propres sous le rang au printemps. L'usage de désherbant s'est réduit au point que Matthieu a vendu tout le matériel utilisé auparavant pour désherber chimiquement. Cela implique beaucoup plus de travail, notamment sur les terroirs argilo-siliceux qui sont les plus délicats à travailler. En effet, lorsque c'est trop sec, il est très dur de rentrer dedans et les silex usent les outils à grand vitesse mais mais quand c'est trop mouillé, ça colle...

L'herbe poussant naturellement entre les rangs est le plus souvent conservée pour absorber les surplus d'eau (orages d'été) et concurrencer la vigne sur les sols riches. Sur les sols pauvres, elle est binée et éventuellement conservée 2 rangs sur 8 pour les passages de tracteur (en cas de nécessité de passer un produit de contact après une pluie).

 

 
Pinots sur silex à la Mignonne

Pinots noirs enherbés (Les Chailloux, Maxime rouge)

 

Les passages dans les vignes sont multipliés, il y a au moins 3 passages manuels pour barrer, remonter et accoler (l'épamprage se fait en même temps), puis autant de passages mécanisés :

  • Un écimage,
  • 2 rognages,
  • 1 effeuillage réalisé en même temps que le premier rognage. Mathieu, pionnier dans l'appellation, considère que cet effeuillage représente un vrai pas qualitatif supplémentaire. En effet, il y a toujours une différence de maturité entre le côté Est et le côté Ouest, ce qui pose un problème d'homogénéité lors des vendanges, particulièrement en années tardives. Un effeuillage partiel au niveau des grappes côté soleil levant permet de gommer cette différence de maturité et de récolter plus facilement des raisins sains et murs. Cela s'est avéré très payant sur 2012 et 2013.

Pour travailler ses vignes, le domaine a fait de gros investissements en matériel ; il dispose notamment de 4 tracteurs légers qui tassent peu et de nombreux outils pour travailler les sols, replanter, semer de l'herbe, poudrer (comme en bio, la poudre de soufre est utilisée pour lutter contre l'oïdium), broyer les sarments, effeuiller, etc... Cela lui permet de faire tous les travaux de la vigne, même dans des fenêtres météo restreintes.

 

 
Débuttage 2

Passage de l'intercep sous le rang au printemps

 

Toutes les vignes sont travaillées de la même façon.

Les rendements sont contenus et adaptés aux capacités des parcelles. En blanc, Matthieu ne cherche  pas à les réduire considérablement car il estime que 55 à 60 hl/ha est compatible avec un vin de qualité et permet de conserver un prix accessible de sa cuvée traditionnelle.

En revanche, il pense qu'il est beaucoup plus difficile de faire bon en rouge sur Sancerre et que cela passe par des petits rendements (30 à 35 hl/ha), associés à des vendanges à la main et à un tri sévère. En 2014, Matthieu a ainsi décidé de tomber des inflorescences sur ces vignes de rouges dès le mois de Mai, car il y avait une grosse sortie ; il a enlevé une grappe par rameau et n'a laissé que les grappes du bas (qui seront plus saines, surtout après effeuillage et pas coincées dans les fils). Il estime que plus tôt c'est fait mieux c'est. C'est tout d'abord plus facile à enlever (avec 2 doigts) et plus c'est tard plus il y a de compensation. Mais Il prend des risques car s'il grêle ou qu'il y a un autre aléa climatique, il n'aura plus grand-chose...

 

 
Enlèvement d'une partie des inflorescences de pinot

Enlèvement d'une partie des inflorescences de pinot noir au printemps

 

  • Le travail à la cave :

Comme pour le matériel de viticulture, le domaine a investi dans un outil moderne, pratique et largement dimensionné pour la réception de la vendange, les vinifications, les élevages et la mise en bouteille.

 

 
Chai propre et fonctionnel

 

« Il faut être très bien équipé pour pouvoir rentrer vite les raisins quand c'est mûr (la fenêtre optimale est de 6-7 jours maximum), surtout les années difficiles. En 2013, les blancs ont été rentrés en 5 jours ». Cela représente 20 ha, autant dire qu'ils ont peu dormi...

Si Matthieu est satisfait de l'aspect fonctionnel de cet outil, il reconnaît que ça fait un peu... laiterie. Aussi, il envisage de transférer sous 3-4 ans ses foudres de 60hl et toutes ses barriques dans une cave voûtée enterrée qu'il a récupérée avec les vignes de son cousin.

Pour les vins rouges, la macération dure 25 jours (dont 10 jours de fermentation), elle est douce avec 1 remontage par jour (pas de pigeage). Les interventions sont minimalistes en élevage (pas d'ajout de soufre, fermentation malolactique s'effectuant naturellement au printemps).

Concernant les élevages, les blancs sont bien sûr élevés presque exclusivement en cuve, sauf La Côte et Monts Damnés qui sont élevés pour partie sous bois (fûts de 600 l et fûts de 228l). Quelques fûts neufs sont présents dans le chai, mais Matthieu compte les garder 20 ans, le bois l'intéresse uniquement pour la micro-oxygénation.

En rouge, les vins sont élevés en fûts de 228l sans intervention jusqu'à la mise qui est effectuée au printemps pour les cuvées de Sancerre classique et Maxime, un peu plus tard pour le confidentiel Cul de Beaujeu (5 pièces).

 

Dossier réalisé à partir des 2 visites au domaine effectuées les 22 Mars et 13 Mai 2014 (prises de vues dans les vignes) ainsi que des passages près des vignes en dehors de ces visites.